Bangkok, l’envoûtante

23 heures, le sky train file à toute allure dans le ciel éclairé de Bangkok. Zigzaguant entre les buildings, il monte à une hauteur vertigineuse. D’ici, nous avons une vue panoramique de la ville sans-pareil. En bas, les rues de la « Cité des Anges » semblent vouloir tisser une gigantesque toile d’araignée. Malgré la chaleur étouffante, les hommes et les femmes s’y affairent. La ville est en mouvement, elle grouille, elle vibre. Les échoppes ne désemplissent pas, des bonzes enveloppés dans leur tissu safran déambulent pieds-nus sur un trottoir, en face des hommes en costume-cravate quittent les bureaux de grandes entreprises, on entend au loin héler des chauffeurs de tuk-tuk pétaradants et klaxonner des taxis fluorescents. Je laisse mon esprit vagabonder à sa guide, incapable de capturer tous ces contrastes. Dix ans plus tôt, j’entrais en Asie par cette même porte et me laissais envoûter par cette capitale bouillonnante qui ne dort jamais. Bangkok m’enivre par les mille et une couleurs de ses temples, par ses odeurs d’encens et de brochettes de bœuf, par ses parfums sucrés de mangue et de coco, par ses centaines de regards dans lesquels se perdre et ses milliers de sourires à rendre. C’est de son pouvoir d’attraction magique que je souhaiterais vous parler aujourd’hui. Mêlant modernité et tradition, sérénité et frénésie, Bangkok ne ressemble à aucune autre capitale. C’est ici que nous avons posé nos bagages une semaine pour débuter notre voyage artistique et solidaire de cinq mois en Asie du Sud-Est.

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Sukhmuvit, le quartier commercial de Bangkok

Bangkok : la ville aux multiples visages

Avec ses gratte-ciels prêts à percer la voûte céleste à Ari, ses centres commerciaux tentaculaires à Siam, ses temples bouddhistes pris au piège entre des hôtels de luxe à Silom, ses commerces ambulants à Chinatown, Bangkok a des allures de ville schizophrénique dans laquelle le chaos côtoie l’ordre en permanence, le moderne l’ancien, l’orient l’occident.

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Ari, le quartier d’affaires de Bangkok (et de beaux câbles électriques)

Bangkok réunit en son sein près du quart de la population totale du pays, soit environ 15 millions d’habitants. Elle est le fruit d’un mariage de cultures multiples et diverses. Chacun de ses quartiers a su créer son identité et ses propres codes au fil des dernières décennies. Chaque rue abrite des petits trésors insoupçonnés et nous raconte une histoire singulière. Bangkok n’est pas une ville ordonnée et ne l’a jamais été. Elle a crû en fonction des caprices du temps. Et le meilleur moyen d’aller à sa découverte et de prendre son pouls reste, selon nous, la marche. Nous avons pris goût à nos promenades quotidiennes dans la capitale thaïlandaise qui nous ont réservées de bien belles surprises. Ici, tout est matière à spectacle pour peu que l’on soit attentif.

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Chinatown, le quartier chinois de Bangkok

Autrefois surnommée « la Venise de l’Est », il nous semble difficile aujourd’hui d’imaginer qu’il y a moins de cent ans, la capitale était une ville entièrement flottante. Bâtie sur des marécages, on s’y déplaçait uniquement sur des canaux reliant le fleuve Chao Praya, « le Seigneur des eaux » en français, à ses affluents. Un siècle plus tard, les rizières du quartier résidentiel de Sukhmuvit ont été remplacées par des rues. Seuls quelques canaux ont subsisté où l’on continue de vivre comme d’antan, au rythme de l’eau. En se promenant le long des berges, on comprend que le fleuve reste indéniablement la colonne vertébrale de la ville. Axe historique, il est toujours emprunté par les locaux et une ambiance paisible s’en dégage.

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Les khlongs, lieux de repos pour les touristes et les pigeons

Bangkok : la ville aux 400 temples

Malgré sa réputation sulfureuse, Bangkok est une ville dans laquelle règne une profonde spiritualité. 95% des Thaïlandais y suivent les préceptes du bouddhisme et on ne dénombre pas moins de 400 temples dans toute la ville. Éblouissants et majestueux, ces wat se cachent un peu partout dans la capitale. Le Wat Pho est l’un des plus anciens et des plus beaux à visiter. Dans ce temple de 9 hectares en plein cœur de Bangkok, on peut venir y admirer le célèbre Bouddha couché. Véritable joyau de la Thaïlande, il mesure 46m de long, 15m de haut et 3m côté pointure !

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Bouddha dans une posture de méditation couchée

Le temple nous a retenus un bon moment pour une visite prolongée de ses jardins fleuris qui encerclent des bâtiments colorés et des statues aux poses pittoresques.

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Dans un autre style, le Wat Treimit nous aura également coupé le souffle. Il s’agit du premier temple que nous avons visité et aussi l’un des plus célèbres de Bangkok. Il y abrite la plus grosse statue en or massif du monde: un Bouddha de 5,5 tonnes et de 3m de haut !

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Mais la religion bouddhiste ne se découvre pas uniquement dans les temples. Nous avons croisé de nombreux moines, bonzes, dans toute la ville. On en compte 460 000 en Thaïlande. Parfois jusqu’à leur mort, souvent provisoirement. En effet, chaque homme se doit de consacrer une période de sa vie à la communauté monastique, la sangha. Traditionnellement, l’initiation se fait avant l’âge adulte et dure entre deux semaines à six mois. On reconnait les jeunes novices par la couleur rouge vive de leur robe tandis que les moines plus âgés sont vêtus de safran. Cette tradition est perçue comme un ferment d’unité entre les thaïs, même les rois n’y échappent pas. Durant leur séjour, les jeunes apprentis moines vont s’initier aux enseignements du Bouddha, pratiquer la méditation, découvrir les principes d’une vie ascétique et mendier leurs deux repas quotidiens auprès des fidèles.

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Bangkok : une ville royale

La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle depuis 1932 ou 2475 selon le calendrier futuriste des bouddhistes. La première fois que j’ai visité le pays, le roi Rama IX (plus connu sous le nom de Bhumibol) était encore en vie et régnait depuis 70 ans. J’avais déjà, à l’époque, été surprise par la dévotion des thaïlandais à son égard. Des affiches à son effigie étaient placardées partout, même dans la plus petite échoppe de la plus petite ruelle du plus petit quartier de la capitale. A chaque fois qu’un thaï passait devant le portrait royal, il joignait ses deux mains et se prosternait de la même manière que devant une statue représentant le Bouddha. Ici, on ne plaisante pas avec le Roi ! Aujourd’hui, c’est son fils qui lui succède et la ferveur du peuple envers la royauté reste intacte.

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Nous avons fait un saut dans le temps pour en savoir davantage sur le passé glorieux de la dynastie Chakri et j’ai redécouvert, pour mon plus grand bonheur, le Palais royal de Bangkok. Construit par Rama Ier (le premier roi de la dynastie donc) en 1782, le palais royal est composé de nombreux pavillons somptueux, recouverts de mosaïques éblouissantes, de spires dorées, de tuiles multi-colores. Le spectacle qui se joue sous nos yeux nous émerveille. Et puis, il y a le temple Wat Phra Kéo dans lequel trône le mystérieux Bouddha d’émeraude … qui est en réalité en jaspe mais que l’on continue d »appeler « Bouddha d’émeraude ». Allez savoir pourquoi …

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Comme le laisse entrevoir la photo, nous n’étions pas vraiment les seuls touristes à visiter le Palais ce jour-là !

Bangkok : une ville où il fait bon de flâner

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Choc des contrastes, le parc Chatuchak

Si la capitale thaïlandaise regorge de sites incontournables, de monuments grandioses, et d’attractions touristiques en tout genre, nous avons surtout aimé nous y balader sans objectif précis. Flâner dans ses ruelles, humer les petits plats tout juste cuits sous nos yeux, voir des enfants jouer dans des courts de récréation, pétillants dans leur uniforme bleu et blanc, répondre à un sourire d’une inconnue et discuter avec elle au sujet du meilleur Pad Thaï de la ville (elle avait raison d’ailleurs), boire des litres de thai tea (et avoir envie d’en boire un juste en l’écrivant), passer et repasser des dizaines de fois dans la même rue près de notre hôtel mais y découvrir à chaque fois une bizarrerie nouvelle, se relaxer dans l’un des parcs de la ville, poumons verts de Bangkok où les thaïs de tout âge et de toutes conditions physiques viennent s’exercer (je n’ai jamais autant vu de gens courir de toute ma vie), rire de malentendus mais se comprendre finalement par un seul regard …

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Le fameux meilleur Pad Thaï de Bangkok

Bangkok, tu nous auras envoûtés par ta sincérité et ta bienveillance. Merci de nous avoir accueillis en Asie avec autant de douceur. Nous nous dirigeons vers le Nord à présent mais emportons avec nous un peu de ton âme.

Sawadee ka !

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. galswind dit :

    Ce tableau de Bangkok fait voyager! Entre les temples et les grandes tours je suis vraiment curieuse de voir à quoi ressemble la ville, et l’ambiance qui émane de ta description donne envie de venir y faire un tour. Hâte de lire votre étape suivante!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup, la prochaine étape arrive très prochainement !

      J'aime

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