Chiang Maï, l’insaisissable

Les voyages sont des histoires d’amour. Tantôt fragiles, tantôt passionnelles, aucune de nos aventures ne nous laissent indemnes. Tout comme les êtres, les pays ont des odeurs, des couleurs et des saveurs singulières. Parfois, un seul pas posé sur le sol d’une ville suffit à nous faire chavirer. Et lorsque l’alchimie opère, le lieu semble vouloir nous étreindre de tout son corps pour nous y retenir pris au piège. Plus rarement et sans aucune raison apparente, certaines villes nous donnent l’impression de nous rejeter. On s’y sent parfois mal-à-l’aise, voire oppressé. Malheureusement, la ville de Chiang Maï m’a fait ce curieux effet. Elle qui porte pourtant le si joli nom de « Rose du Nord » ne m’aura pas enivrer de son doux parfum. Moi qui aime tant la pudeur et la délicatesse de l’Asie, je n’ai pas su m’attendrir devant les excentricités et la silhouette faussement occidentale de la ville. Un peu comme un amour déçu, je l’avais peut-être trop fantasmée. Victime de son succès, le nouveau lieu de résidence des nomades digitaux me semble avoir perdu un peu de son âme au fil des années. Ou bien, n’ai-je seulement pas su la percer. Toujours est-il, que pour la première fois depuis notre arrivée, j’ai eu envie d’aller voir ailleurs. Infidèle, j’aurais pu l’être si mon compagnon de voyage ne m’avait pas convaincue de laisser une chance à cette ville qui envoûte tant de visiteurs. Puisqu’il est vrai, après tout, que Chiang Maï possède des atouts et des charmes bien cachés que je vais tenter de vous partager.

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Chiang Maï, une « station balnéaire sans mer »

Nichée à trois cents mètres d’altitude au cœur de la vallée de la Mae Nam Ping, Chiang Maï bénéficie d’un climat doux et agréable qui ravit les promeneurs que nous sommes. Après la superbe mais étouffante Bangkok, nous sommes soulagés de retrouver un air à peu près respirable et une transpiration à peu près régulée (les joies de la vie de nomades). L’architecture de la capitale du Nord facilite également nos déplacements car la vieille ville est entièrement fortifiée. Pour moi, qui ait un compas dans l’œil à la place d’un sens de l’orientation, cette forme rectangulaire fait mon plus grand bonheur. Nous découvrons avec enchantement de jolies ruelles ombragées par d’infinies rangées de cocotiers et sentons comme une ambiance de vacances qui plane dans l’air.

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Je ne compte même plus le nombre de touristes occidentaux que nous croisons en maillots de bain, attablés dans l’un des nombreux bars-restos du coin avec un jus de fruit à la main. Des chauffeurs de tuk-tuk nous sollicitent à chacun de nos pas, quand ce ne sont pas des vendeurs de boutiques à souvenirs, des restaurateurs ou des agents de voyage qui nous proposent des treks dans les montagnes avoisinantes, des escapades à dos d’éléphants ou bien des visites dans des zoos humains à la rencontre d’ « ethnies », de « femmes girafes » et autres tribus bien exotiques. Le centre-ville est donc entièrement dédié au tourisme, ce qui vaudra à Manel cette fameuse expression assez parlante : « on se croirait dans une station balnéaire sans mer ». Vous l’aurez compris, ce n’est pas franchement le genre de lieu qui nous enchante et nous éprouvons beaucoup de difficulté à cacher notre déception. Nous qui venions de passer une semaine fantastique à découvrir le quotidien des thaïs, nous n’arrivons même plus à les voir vivre dans cette ville du Nord. Nos rapports sont froids, plus distanciés ou uniquement mercantiles. Il nous aura fallu marcher de longues heures, beaucoup nous éloigner du centre pour pouvoir y retrouver un peu de « vie » locale et de chaleur humaine.

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Chiang Maï, une ville historique autonome dans la vallée du Nan

On raconte que l’histoire de la ville de Chiang Maï est presque aussi vieille que celle des thaïs. Ancienne capitale du royaume de Lan Na (« royaume au million de rizières » en français) qui englobait autrefois une partie du Laos, la Rose du Nord peut s’enorgueillir de posséder une culture antérieure à celle de Sukhothaï. Fondée au XIIIe siècle par le roi Mengraï, Chiang Maï a été le premier point d’attache durable du peuple thaï en provenance de la Chine dans la région. Indépendante pendant plus de six siècles, elle a ensuite été longuement occupée par les birmans (deux cents ans) et a connu nombre de guerres contre le royaume voisin d’Ayutthaya. Entièrement fortifiée, la ville a été délimitée par des douves et des remparts qui sont toujours visibles de nos jours et qui lui ont permis de résister aux invasions. Longtemps autonome, Chiang Maï n’a été rattachée définitivement à la Thaïlande qu’en 1931. Durant toute cette période d’isolation, une culture et un artisanat propres à la ville ont pu s’y développer. Plus tard, jusque dans les années 80, la région est malheureusement passée sous le contrôle des rebelles communistes et des bandits. L’essor de la ville de Chiang Maï, haut lieu touristique aujourd’hui, n’est donc que très récent.

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Chiang Maï, la ville aux mille temples

Si Bangkok nous avait déjà éblouis avec ces temples situés en plein cœur de la ville, Chiang Mai nous aura carrément émerveillés. Celle que l’on surnomme « la ville aux mille temples » a su conserver au fil des siècles plus de 300 de ces célèbres Wat, parmi les plus beaux de la région.

Le Wat Chiang Man

Édifié en 1306 par le roi Mengraï à l’occasion de la fondation de la nouvelle capitale du royaume de Lan Na à Chiang Maï, le Wat Chiang Man (« le wat de la ville fortifiée et solide » en français) est le temple le plus ancien de la ville. Avec son chedi unique recouvert d’éléphants sculptés à la main, le wat est d’une élégance incomparable. Le temple est toujours fréquenté par la population locale car il abrite les deux représentations de Bouddha les plus sacrées du royaume de Lan Na.

Le Wat Phra Singh

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Fondé par le roi Phayu en 1345, le Wat Phra Singh est le plus grand temple de la ville ainsi que le plus représentatif de l’architecture Lan Na. 700 bonzes continuent actuellement d’y vivre et se mélangent au flot quotidien de centaines de visiteurs curieux. Malgré cet afflux de monde, le lieu nous a semblé paisible et étrangement calme. Il s’agit probablement de l’un des temples les plus agréables à découvrir.

Le Wat Chedi Luang

Wat Chedi Luang - Chiang Mai

Construit à partir de 1391 par le roi Saen Muang Ma pour honorer la mémoire de son père défunt, le Wat Chedi Luang est sûrement le temple le plus impressionnant qu’il m’ait été donné de voir en Thaïlande. Grandiose et imposant, il surplombe la vallée du Nan avec son chedi fier de 60 mètres de haut et de 44 mètres de large. En état de ruine depuis un tremblement de terre qui a eu lieu au XVIe siècle, le Wat Chedi Luang n’en garde pas moins son caractère sacré. C’est dans ce temple que le Bouddha d’Émeraude (qui se trouve dans le Palais royal de Bangkok aujourd’hui) a séjourné pendant près de 84 ans. D’après la légende, c’est également ici que le roi Mengraï, fondateur de la ville, aurait trouvé la mort foudroyé par un éclair.

Le Wat Sri Suphan

Wat Sri Suphan

Parfois se perdre dans une ville peut s’avérer être une chose formidable. Nous n’avions absolument pas prévu de visiter le Wat Sri Suphan pour la simple et bonne raison que nous ignorions totalement son existence. C’est en cherchant désespérément un quartier où l’on pourrait y apercevoir un peu de vie locale que nous sommes tombés sur ce curieux monument. Construit à l’origine dans les années 1500 en plein cœur du village des argentiers, il a été rénové il y a une petite dizaine d’années par des artisans du coin. Entièrement recouvert d’argent, ce temple a la particularité de ne pas être accessible à l’intérieur pour les femmes à cause de vieilles superstitions bouddhistes. Je ne m’y suis donc pas risquée !

Le Doï Suthep

Doï Suthep

Situé à une vingtaine de kilomètres de la ville et à 1000m d’altitude, le Doï Suthep est un passage obligé pour tout touriste visitant la région. Nous empruntons donc, de bon matin, un songthaew avec un groupe d’amis espagnols, un timide japonais et deux charmantes malaisiennes. Le chauffeur qui nous conduit est d’humeur joviale et a décidé de rouler à toute vitesse pendant les prochaines trente minutes, zigzagant comme dans un jeu vidéo sur des routes montagnardes peu sécurisées. Le trajet au cœur du parc national si joliment boisé nous semble interminable. J’ai la nausée et l’une des deux malaisiennes assise en face de moi manque de me vomir dessus. Le destin aura au moins été fair-play dans le choix des sièges. Nous arrivons décoiffés et titubant au pied du temple. Il nous reste encore à gravir les 290 marches qui nous mènent au chedi doré. Je prends mon courage à deux mains car trois énormes cars remplis de touristes chinois viennent de se garer. On frôle déjà l’asphyxie.

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J’avais beau avoir été prévenue, j’avoue que je ne m’attendais pas à une telle foule. Bien que le Doï Suthep soit un monument d’une beauté incontestable, je reconnais que nous n’avons pas pris énormément de plaisir à le visiter. Rechercher de la sérénité dans un lieu spirituel avec 10000 personnes bruyantes à vos côtés, ce n’est pas gagné. Toutefois, nous avons apprécié le cadre silencieux et la vue merveilleuse qu’offrait le centre de méditation accolé au temple.

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Nous avons également trouvé refuge dans les splendides jardins du Phu Phing, résidence d’été du roi Bhumibol. Construite en 1972, la demeure royale possède une flore exceptionnelle dans laquelle nous avons adoré nous fondre: hibiscus, rosiers, orchidées, sakuras … !

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Chiang Maï, toi qui fais vibrer le cœur des expats et des visiteurs, je te quitte sans avoir succombé à tes charmes ravageurs. En voyage comme en amour, tout est une question de timing. Je ne t’ai pas rencontrée au bon moment mais je me souviendrai avec plaisir de ta fraîcheur, de ton rythme jazzy et de l’insaisissable beauté de tes temples.

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. galswind dit :

    Les temples ont l’air vraiment superbes – comme tous les monuments de Thaïlande – mais je vois bien l’ambiance un peu étouffante de Doï suthep, c’est un peu difficile d’apprécier le lieu dans de telles conditions.

    Cet article rend tout de même curieux de Chiang Maï, j’irai bien voir de moi même, ce que je ressens à son égard.

    Aimé par 1 personne

    1. Avec du recul, je me rends compte que j’ai été un peu dure dans mon appréciation de la ville. C’est assez drôle car deux mois après j’ai un petit coup de cœur pour une ville cambodgienne qui ressemble fortement à Chiang Maï ! Je pense que tout est une question de contexte !

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