Battambang, la tranquille

Après être restés une petite semaine dans la ville de Siem Reap pour visiter les temples d’Angkor, nous avions envie de tester un autre mode de transport pour nous rendre à Battambang. Plus lent et plus respectueux de l’environnement, nous embarquons donc dans un joli bateau en bois local pour une traversée qui durera six bonnes heures. Plus grand lac d’Asie du Sud-Est, le Tonlé Sap est considéré comme « la mère nourricière » du Cambodge. Au rythme des moussons, il se remplit et se vide pour le plus grand bonheur des poissons qui remontent le fleuve sur des centaines de kilomètres pour pondre leurs œufs. Un écosystème incroyable qui est aujourd’hui malheureusement en danger. Menacé par la construction de nombreux barrages hydrauliques sur le Mékong, par la surexploitation des ressources (surpêche, braconnage…) et par la surpopulation qui vient s’installer sur le lac, le Tonlé Sap vit actuellement un « écocide » sans précédent. Décider de le parcourir lors de notre voyage était aussi un moyen pour nous de constater de nos propres yeux les conséquences dramatiques d’une politique tournée vers le profit plutôt que vers l’environnement. Si la plupart des visiteurs décrit cette promenade sur l’eau comme une agréable activité, nous repartons, pour notre part, avec un sentiment mitigé. Comme tout le monde, la beauté brute qui se dégage de ce lieu nous a saisis mais nous avons été terrifiés par ce qui se profile tant sur le plan écologique qu’humain.

TONLE SAP 2

Trois millions de personnes ont élu domicile autour du Tonlé Sap sur des villages flottants comme on le faisait ici depuis la nuit des temps. Premières victimes de la crise du lac, elles vivent aujourd’hui dans des conditions sanitaires déplorables et de pauvreté alarmante. Au cours de ce trajet, nous croiserons beaucoup de ces villages. Une occasion de voir ces habitants de l’eau dans leur quotidien sans être trop intrusifs. Enfin, c’était sans compter sur l’attitude irrespectueuse de 90% des touristes présents sur le bateau avec nous. Au risque de paraître rabat-joie ou donneuse de leçons, je reconnais que j’ai été écœurée de voir comment certaines personnes pouvaient se comporter avec les villageois. Dès que nous apercevions des habitants, ils les mitraillaient avec leurs appareils photos. Peu importait que ces derniers fussent en train de se laver sous nos yeux, à moitié nus, ou en train de manger en famille. Il n’y avait aucune retenue, comme dans un véritable zoo humain. Plus les gens paraissaient pauvres, plus le son des objectifs retentissait. Je crois que je me suis rarement sentie aussi mal à l’aise en voyage. D’ailleurs, les villageois ne cachaient pas leur mécontentement. Seuls les enfants, naïfs et imperturbables, nous souriaient et nous lançaient des « hello » à tout va. Des impairs en voyage, j’en ai évidemment moi-même commis et continuerai d’en commettre, mais ce jour-là j’ai pris conscience de la nécessité de « civiliser » les touristes. Apprécierions-nous d’être photographiés par de parfaits inconnus sous la douche ? Non, évidemment. Ce trajet sur le lac a aussi été l’occasion pour nous de nous interroger sur le sens du tourisme, sur celui de notre voyage en général et sur ce que nous apportions ou retirions aux gens qui vivent ici dans la misère.

TONLE SAP 1

Durant la saison sèche, nous prenions le risque de rester coincés sur le lac et de devoir continuer notre chemin par la route. C’est effectivement ce qui se produisit mais uniquement sur les 50 derniers kilomètres. De là, nous avons grimpé dans une jeep à quinze, entassés comme du bétail avec nos bagages sur nous. Un moment épique dont nous nous souviendrons longtemps !

TONLE SAP 4

Notre arrivée fracassante à Battambang, deuxième ville du pays, ne nous laissa heureusement aucun goût amer en bouche. Celle que l’on surnomme « le bol de riz du Cambodge » et qui a été à deux reprises la capitale du pays, nous a charmés par ses rues tranquilles et par sa campagne environnante.

BATTAMBANG 2

Au cours des trois prochaines journées sur place, pas de programme chargé en vue. Nous en profitons pour prendre un cours de cuisine (enfin Manel) et pour nous plonger dans l’histoire bouillonnante du pays.

BATTAMBANG 4

A une dizaine de kilomètres de la ville, se trouve la montagne de Phnom Sampeu, tristement célèbre pour avoir été un lieu macabre pendant le régime des Khmers rouges. 10 000 personnes y furent assassinées, précipitées du haut d’une grotte.

BATTAMBANG 7

Cette même grotte qui est aujourd’hui un lieu d’attraction pour les badauds qui viennent voir le million de chauves-souris sortir se restaurer à la tombée de la nuit. Un spectacle incroyable, un flux continu de chaerephon plicatus qui partent chaque soir, dans une danse chorégraphiée, parcourir 50 km pour chasser les insectes !

BATTAMBANG 6

Battambang, tu es bucolique et tranquille. Nous avons apprécié déjeuner dans tes cafés, jouer avec des enfants dans ton marché, apprendre à cuisiner tes délicieuses spécialités, découvrir la partie sombre de ton histoire, ainsi que sa partie lumineuse. Ce fut une agréable pause dans le temps, un moment privilégié pour reprendre des forces avant d’arpenter l’intrépide Phnom Penh. Merci pour ton calme, pour ta tolérance et pour toutes les réflexions fructueuses que tu nous as permis de mener.

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