Plateau des Bolavens, le caféiné

Je tiens soigneusement dans ma main droite un petit papier sur lequel j’ai griffonné l’adresse du « Belge » quelques jours auparavant. Telle une précieuse relique, je m’assure que personne ne me la vole et me dirige de manière solennelle vers le trottoir d’en face. Ma mission de ce jour est grave et sérieuse: nous devons trouver le « Belge ». Je répète: nous devons trouver « le Belge ». Dans les ruelles alignées et bruyantes de Paksé, troisième plus grande ville du Laos, nous avançons à tâtons avec notre carte de la province de Champassak bien grande ouverte sous nos yeux. Après quelques minutes de chasse au trésor, nous voici devant la fameuse boutique de Miss Noy. Je me sens nerveuse, telle Ethan Hunt à la poursuite de la vilaine « Chimère ». Le voilà, blond comme les blés, svelte et fier devant moi: « le Belge ». Nous ne sommes pas les seuls à l’avoir traqué dans tout le sud du pays. Une queue insensée s’allonge de minute en minute devant la minuscule enseigne laotienne. D’autres touristes semblent avoir eux aussi écumé tous les blogs et sites de voyage à la recherche d’une entreprise de location de motos fiable. Car oui, Paksé est bien connue des motards du monde entier qui y font généralement une courte halte avant de partir à la conquête du Plateau des Bolavens. Petite ou grande, cette boucle de plusieurs kilomètres se traverse généralement sur un deux-roues parmi les plantations d’hévéas, de tecks, de caféiers et de théiers avec, en prime, une vue panoramique sur une quantité foisonnante de cascades. Un régal pour les aventuriers et  amoureux de la nature.

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Nous étions fin prêts à faire vrombir l’asphalte pendant quatre jours d’affilée jusqu’à ce que le « Belge » ne nous en décourage. Le climat peu propice combiné à notre manque d’expérience en bécane ont été de sérieux freins. Et pour que nous comprenions bien le message que l’Univers essayait de nous faire passer, nous voilà maintenant témoins du troisième accident de moto de notre séjour lao. Bref, adieu cheveux au vent et veste en cuir trouée. Bonjour charmant mini van et circuit organisé. Nous partirons donc à plusieurs à la découverte des principaux sites d’intérêt du beau Plateau caféiné.

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Tad Fan, la plus grande cascade du Laos

Nous nous arrêtons à 38 kilomètres de Paksé pour voir notre première cascade de la journée. Avec ses 120 mètres de chute ininterrompue, Tad Fan est la plus haute cascade du pays. En réalité, il s’agit de deux cascades qui se sont jumelées et qui offrent (même en saison sèche) une vue grandiose. Cela peut paraître étrange de dire d’une cascade qu’elle est élégante mais je dois avouer qu’il y avait une certaine forme de beauté dans sa chute. De notre belvédère, nous restons silencieux devant cette vision magique.

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Tad Yuang, la cascade la plus éblouissante

Notre deuxième stop, deux kilomètres plus loin, nous a complètement éblouis. Tad Yuang offre une vue à couper le souffle avec sa cascade majestueuse en pleine jungle bien balisée. Le contraste entre le vert émeraude de la végétation environnante et la blancheur éclatante de la chute d’eau était stupéfiante. Nous avions la sensation exquise d’être enveloppés par la nature.

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Lak 40, une plantation de thé et de café

Grâce à la fraîcheur de son altitude, le Plateau des Bolavens est un endroit propice aux cultures de café (robusta et arabica) et de thé blanc. Nous en avons donc profité pour aller découvrir une plantation de café bio tenue par une franco-laotienne. La visite fut charmante et pleine d’arômes.

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C’est à ce moment-là que notre guide-chauffeur nous a expliqué que la culture ancestrale du café sur le Plateau des Bolavens tendait à disparaître à cause de la sécheresse – conséquence du réchauffement climatique.

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Minés par cette nouvelle, nous participons à une dégustation de thés et en profitons pour faire la connaissance de nos compagnons de voyage de « mini van ». C’est ainsi que nous rencontrons un adorable jeune couple de belges (à ne pas confondre avec « le Belge », le seul et l’unique).

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Le village de Kok Phoung Thai, l’attrape-touristes

Nous n’avions aucune envie de nous arrêter dans le village de Kok Phoung Thai. Et le moins que l’on puisse dire c’est que nous avions bien raison d’appréhender ce stop. Notre sympathique guide nous laisse en plan en plein milieu du village avec pour seule consigne de faire attention aux chiens. Deux jeunes femmes nous surplombent du haut de leur baraque en bois. L’une d’elle aspire une grande bouffée de tabac sur son long bâton qui servait autrefois pour l’opium. L’autre nous regarde les yeux rouges et nous lance instantanément un « money please ». Voilà, nous y sommes. Le genre de moments que l’on redoute et qui nous met mal à l’aise. Celui où l’on débarque en toute impunité chez des villageois et où l’on attend de nous que l’on donne de l’argent en bons samaritains. Aucun échange n’est envisagé, aucune richesse culturelle ni pour les uns ni pour les autres. Bref, un arrêt sans intérêt.

Tad Lo, les cascades locales

Les dernières cascades que nous allons voir sont purement locales et c’est très plaisant de pouvoir assister à une scène de vie quotidienne laotienne. Les enfants se baignent habillés et les familles sont assises sur des lattes en partageant leur pique-nique. Le lieu n’est pas aussi impressionnant que les précédents mais il est rempli de vie. Nous nous attardons volontiers ici.

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C’est sur cette scène poétique que nous quittons Tad Lo et rejoignons notre dernier arrêt: un village de tisserands où nous pourrons observer dans un silence religieux les femmes terminer leurs ouvrages.

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Cher Plateau des Bolavens, nous sommes ravis d’avoir pu apercevoir tes cascades, tes villages, tes plantations de café qui ont été de jolies découvertes. Sur le chemin du retour, le front collé à la fenêtre du mini van, je prête attention à cette nature malmenée: les déchets en plastique et les arbres fraîchement abattus jonchent le sol sur des kilomètres. Quel choc, quel contraste avec ce que nous avons pu admirer aujourd’hui. Certes, tu es de toute beauté cher Plateau des Bolavens mais tout ce qui t’entoure m’émeut davantage. Nous repartons ce soir avec l’envie encore plus grande de crier au monde l’importance de préserver cette nature si belle et pourtant si fragile. Merci donc pour cette énième leçon petit Plateau encore un peu caféiné.

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